Extrait de << Flying fury >> de James Mc Cudden

Dans l'après midi du 23 septembre, je conduisis ma patrouille au départ de l'aérodrome et nous traversâmes les lignes à Bixshoote à 8000 pieds car il y avait un épais mur nuageux à 9000 pieds.

Aussitôt les lignes franchies je notais une activité ennemie anormale. Je pouvais voir une grande quantité de machines des deux côtés et proches. Cela s'expliquait parce que chaque avion se trouvait entre 9000 pieds et le sol au lieu de 20000 pieds habituellement. Nous volâmes vers le sud depuis la forêt de Houthem, et bien qu'il y eut beaucoup d'allemands proches, ils étaient tous au-dessus de nous.

Archie (1) faisait de son mieux cet après-midi, nous ayant tous aperçus contre le ciel plombé, et nous volions pour la plupart à 7000 pieds.

Au- dessus de Ghevulet, j'aperçu un biplace venant du nord prés de Houthem, je piquai suivi de ma patrouille et ouvrit le feu d'au-dessus et derrière le DFW, ses occupants ne m'ayant pas vu, occupés qu'ils étaient à enregistrer les coups de leur artillerie. Je tirai une longue rafale des deux mitrailleuses, un flot d'eau s'échappa de la section centrale du DFW, puis la machine s'engagea dans un piqué vertical et s'écrasa au nord est de Houthem.

Nous nous dirigeâmes vers le nord, montant à environs 6000 pieds. Une lourde couche de nuages gris pendait à 9000 pieds, et bien que la visibilité fut pauvre pour l'observation, l'atmosphère était assez claire dans la direction verticale. Au loin vers l'est on pouvait voir des groupes de petites taches se déplaçant rapidement, d'abord dans une direction puis dans une autre. Plus loin vers le nord nous pouvions voir de nos propres machines, Camels, Pups, SE, Spads, Bristols et plus bas dans la fumée de notre artillerie des SE8. Nous étions sur le point d'engager 6 chasseurs Albatros se trouvant sur notre droite quand nous vîmes au devant et au-dessus de Poelcapel un SE5 tombant en vrille, poursuivi de prés par un triplan allemand bleu flamboyant. Le SE se sentait certainement très malheureux, aussi changeâmes nous d'avis sur l'attaque des 6 chasseurs et nous nous portâmes au secours de l'infortuné SE.

Le triplan allemand était pratiquement au-dessous de notre formation maintenant, et nous piquâmes à une vitesse colossale. Je me plaçai à la droite et Rhys-Davids à la gauche et nous arrivames derrière le triplan ensemble. Le pilote allemand nous aperçu et vira d'une manière très déconcertante, pas en montant , pas plus en effectuant un Immelman, mais dans une sorte de vrille à plat. Maintenant le triplan allemand était au milieu de notre formation et sa maîtrise était formidable à voir. Le pilote semblait nous tirer dessus tous simultanément, et bien que je fus derrière lui une deuxième fois, je pus difficilement le suivre plus d'une seconde. Ses mouvements étaient si rapides et incertains, qu'aucun de nous ne réussi à le tenir dans son viseur suffisamment longtemps.

J'eus alors une bonne occasion pendant qu'il venait vers moi nez à nez, un peu en dessous, et il ne m'avait apparemment pas vu, je laissai tomber le nez de mon avion et l'eus bien dans mon viseur; j'appuyai sur les deux détentes. Aussitôt avais-je tiré qu'il leva son nez et j'entendis clack-clack- clack-clack alors que ses balles passaient prés de moi et à travers mes ailes. Je remarquai distinctement les éclairs rouges-jaunes sortant de ses Spandaus jumelées. Alors qu'il tirait sur moi j'eus la vision rapide d'une tête noire dans le triplan sans couvre chef.

Pendant ce temps, un Albatros au nez rouge était arrivé, et , apparemment faisait de son mieux pour protéger la queue du triplan, et il était très bien manié également. La formation de six Albatros que nous allions attaquer au début, restait au-dessus de nous, et furent empêchés de piquer sur nous par l'arrivée d'une formation de Spad, dont le leader appréciait notre position, et garda les six Albatros autrement engagés.

Le triplan était toujours en train de tourner en rond au milieu de six SE5 qui tous tiraient sur lui quand l'occasion se présentait, et à un moment je remarquai que le triplan était au sommet d'un cône de traceuses d'au moins cinq machines tirant simultanément, et chaque machine avait deux mitrailleuses. Maintenant le combat se déroulait très bas et l'Albatros au nez rouge avait été descendu, mais le triplan était encore là. Je le perdis temporairement de vue pendant que je changeais le tambour de ma Lewis, et quand je le revis à nouveau il était très bas, toujours engagé par un SE5 marqué d'un 1 piloté par Rhys-Davids. Je notais que les mouvements du triplan étaient très erratiques, et ainsi je le vis s'engager dans un piqué très prononcé, je continuai à le regarder et le vis heurter le sol et disparaître en mille morceaux, de telle manière qu'il me sembla qu'il se transforma en poudre.

C'est étrange à dire mais je fus le seul qui vis le crash du triplan, car même Rhys-Davids qui l'abattit ne vit pas sa fin.

Il était maintenant tard, et nous reprîmes la direction de l'aérodrome; et aussi longtemps que je vivrai je n'oublierai jamais mon admiration pour ce pilote allemand, qui se battant seul affronta sept d'entre nous pendant 10 minutes, et toucha de ses balles chacune de nos machines. Son vol était formidable, son courage magnifique, et dans mon opinion il est l'allemand le plus brave qu'il me fut donné de voir combattre. Nous fûmes de retour au mess, et au dîner le sujet principal fut ce combat formidable. Nous pensions tous que ce pilote faisait partie des meilleurs pilotes ennemis, et nous débattions afin de savoir si c'était Richtoffen ou Wolff ou Voss. Le triplan était tombé dans nos lignes, et le matin suivant nous reçûmes un câble du groupe disant que le pilote mort fut trouvé portant le col de Boelke, et son nom était Werner Voss. Il avait l'ordre << Pour le mérite >>.

Rhys-Davids reçut une douche de félicitations et personne en les méritait plus, mais comme il le dit lui même : << Oh si seulement j'avais pu le descendre sans le tuer >> et sa remarque était en accord avec mes propres pensées.


(1) surnom donné à la DCA

 

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