Extrait de << Marin la Meslée >> de Michel Mohrt :


Ils sont quatre qui accompagnent leur chef : les lieutenants Muselli et Welwert, le sergent-chef Urhy, le sergent Costille.

Au cours du vol, le poste de commandement du 1er Corps aérien de Mulhouse (dont l'indicatif radio est Remedy) demande à Marin de bombarder une portière de pont sur le. Rhin, près de Neuf-Brisach.

Le bombardement effectué, Marin aperçoit des camions sur la route. Et c'est alors la brève tragédie qui se déroule, telle que Mulhouse (Remedy) et l'un des équipiers de Marin, qui en fera la narration, Muselli , (Muso) ont pu la suivre à travers les phrases brèves et nasillardes de la radio, éclatant soudain dans les écouteurs, au milieu des déchirements d'obus de la Flak, le bruit de la pluie et du vent qui fait rage :


-Allo, ici Marina, ici Marina. A tous avions... Prenez formation, de bombardement.Dégagement vers l'Ouest. Attention. Je pique...

L'avion du commandant pique au sol, en dépit de la Flak, très dense, et disparaît dans une couche nuageuse.
Quatre secondes s'écoulent.
Soudain, éclate de nouveau la voix impérieuse du chef: ,
- Allo Remedy; ici Marina, ici Marina. Bombardement terminé. Quatre bombes au but.

Une minute s'écoule.

- Allo , Muso. Ici Marina... Attaquez trois véhicules sur pont, au sud de Neuf-Brisach.
-Allo Marina. Ici Muso. Vu. J'attaque.

Vingt secondes s'écoulent.

-Allo Uhry. Ici Marina. Répondez-moi, répondez-moi. Mais Uhry ne répond pas. En quatrième position, il Vient d'être abattu par un obus reçu de plein fouet.
On voit alors l'avion de Marin revenir sur l'objectif qu'il Vient de bombarder, un instant plus tôt, et foncer au sol.
Vingt secondes s'écoulent.
Au lieu de la voix du commandant, c'est la voix de Muselli que ses équipiers et Mulhouse entendent dans l'appareil.
-Allo, ici Muso, ici Muso. A tous avions...
Rassemblement du dispositif. Mais la voix du poste de Commandement de Mulhouse lance un appel.
-Allo, Marina. Ici Remedy, ici Remedy Donnez résultats. Donnez résultats.
La voix de Muselli répond :
.-Allo Remedy. Ici Muso... il manque deux avions...
Troublée, la voix de Mulhouse insiste.
- Allo, ici Remedy ...Vous qui parlez, répétez les noms des pilotes abattus.
- Allo Remedy. Ici Muso... Le commandant Marin s'est écrasé au sol. Le commandant Marin s'est écrasé au sol. Le commandant Marin s'est écrasé au sol...

Et la voix, au milieu ,des bourrasques de vent et les éclats du bombardement, porte jusqu 'au groupe 1/5, jusqu'aux états.majors, à tous les pilotes de l'aviation française la nouvelle fatale: le commandant Marin s'est écrasé au sol.
Que s'est.il passé?
Sans doute la couche de, nuages se déplaçant à trois cents mètres d'altitude, a-t-elle empêché Marin de voir nettement les résultats de son mitraillage. N'ayant pu mesurer l'intensité de la Flak, à cause de sa place de leader, il est revenu sur l'objectif, dans une zone où il ne se savait pas guetté. Et aussi, dira Jules Roy, " parce que c'était son denier vol de guerre, il s'acharna. Il voulait rentrer avec un goût de victoire dans la bouche, qui lui rappelât quelque chose du temps où cela. avait un sens, et pour l'avoir, il ne lui restait plus alors qu'à tenter sauvagement la mort la plus stupide.

Sorti indemne de son premier piqué, il y revint, bien qu'il eût interdit à ses pilotes de jamais en faire autant. Il prit du champ et se jeta sur les canons qui ne voulaient pas se taire. Et c'est là qu'il perdit.
Au moment où, à cinquante mètres du sol, il amorçait son virage, un obus de 40 atteignit son avion, derrière la plaque de blindage. Un éclat lui traversa la tête. Ses équipiers virent l'avion fumer, piquer au sol, toucher de l'aile et s'éparpiller sur près d'un kilomètre.
-Je ne puis me consoler, dira en apprenant sa mort, le général Bouscat, Commandant en Chef des Forces Aériennes, de ce qu'il soit tombé sans combat ,comme un chevalier atteint de loin, à tout hasard, par la piétaille.

Les Allemands qui relevèrent le corps du pilote, reconnurent celui de l'un des as de l'aviation française. Ils s'apprêtaient à lui rendre les derniers honneurs, quand ils furent délogés de la région de Neuf-Brisach par nos troupes.
Ce n'est que le 10 février que le groupe 1/5 apprit l.a découverte du corps de son chef et de celui de son équipier, dans le presbytère de Rustenhardt où ils reposaient couchés sur un lit. Ce même jour parvint la nouvelle que Mme Marin La Meslée venait de mettre au monde une petite fille.

 

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